lundi 20 novembre 2017

Un CV de science-fiction




Communication interstellaire


Aux dernières nouvelles, des scientifiques ont envoyé un message dans l'espace, en direction de la planète GJ 273b, située à environ 12,4 années-lumière de la Terre, (et rêvent d'une réponse dans moins de 25 ans).


Voici cette offre de services que nous, humains et fiers de l'être, avons envoyée dans l’espace, à l’attention d’éventuels extraterrestres


Chères intelligences d'ailleurs,

La Terre appartient au système solaire et notre planète s'est formée il y a 4,5 milliards d’années, petite poussière aux confins de la Voie lactée, notre galaxie. La vie y est apparue il y a 4 milliards d’années. Nos premiers ancêtres bipèdes n'ont qu'environ 7 millions d’années. Donc, pendant de longs milliards d'années, la sélection naturelle a travaillé en silence et exclusivement pour notre venue au monde.

Notre espèce, Homo Sapiens, a vu le jour il y a presque 3 millions d'années et elle a supplanté toutes les autres formes de vie, à l’exception des bactéries et des virus dont nous ne sommes pas encore venus à bout, mais cela ne saurait tarder. 

Issue d’un petit groupe de quelques milliers d’individus sortis d'Afrique il y a à peu près 200.000 ans, l'humanité actuelle, "Homo Sapiens-Sapiens", compte à présent 7 milliards de Terriens, dont deux-tiers d'imbéciles, il faut bien le reconnaître. Mais rien ne se perd, nous savons les utiliser avec profit et ils font une excellente main-d’œuvre.

Ce bref historique et ces quelques chiffres vous donneront une idée de notre vitalité et de la rapidité de notre expansion. Il paraît que les drosophiles se reproduisent plus vite que nous. C'est peut-être vrai, mais elles n'ont pas inventé la poudre, ni les balles, ni les transactions à haute fréquence, ni même le neuromarketing.

Le progrès est notre crédo. Au nom du progrès et de la deuxième loi de la thermodynamique, nous éliminons tout ce qui ne nous ressemble pas et qui pourrait freiner notre croissance, car nous avons une conscience, des religions et une philosophie qui nous autorisent à nous penser comme la fine fleur de la création.

A notre actif : l’invention du langage, de l’imprimerie, de l’électricité, de l’énergie nucléaire, du numérique, des banques, ainsi que des techniques sophistiquées qui nous rendent l’existence confortable. Nous avons des savants et des chercheurs qui travaillent à prolonger la vie et nous inventons des outils performants qui nous permettent de massacrer facilement et en masse nos congénères, quand ils ne sont pas de notre avis.

Nous avons beaucoup de ressources : de l’eau, des végétaux, des animaux, des métaux rares et des sources d’énergie, y compris fossiles, que nous exploitons avec diligence et ingéniosité. Certains prétendent que nous transformons notre maison en porcherie mais ce sont là des grincheux qui ne sont certainement pas les gagnants de l'évolution.
Peu importe l'épuisement de ces ressources, nous sommes très créatifs et nous en trouverons d’autres. Si besoin est, nous pourrons bientôt aller coloniser d’autres planètes.

Notre Dieu est d’argent. En son nom, nous réduisons en exécutants dociles les moins doués des Terriens et nous lui offrons les sacrifices humains qu’il réclame. C’est bien légitime, seuls quelques-uns d’entre nous font partie de ses élus.

Si notre parcours vous intéresse et si vous êtes à la recherche d’une forme de vie et d’intelligence compétitive, inventive, dynamique, gagnante, performante et très productive, nous sommes à votre disposition pour une rencontre qui vous convaincra, nous le pensons avec confiance, de notre motivation et de ce que nous pourrions vous apporter.

Bien cordialement
Les Homininés. 

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Voici, en exclusivité, la réponse des extraterrestres...

Bande de crétins,

Allez-vous bientôt cesser de nous envoyer vos CV ?

Comment, à votre avis, êtes-vous devenus ce que vous êtes et dont vous êtes si fiers ?

Il y a environ 3 millions d’années, nous avions, chez nous, un grave problème de surpopulation et de délinquance.

Sur les conseils de la guilde intergalactique, nous avons cherché une planète éloignée de la nôtre et nous avons trouvé celle que vous appelez la Terre.  

Nous avons miniaturisé tous nos psychopathes et nos sociopathes sous forme de gènes
et nous sommes venus les implanter dans les cellules germinales de singes et de guenons terrestres.

Le résultat, c’est vous.

Depuis lors nous nous portons très bien et la paix règne dans notre monde.

Votre Terre, c’est notre bagne. 
 Restez-y.
 Nous viendrons voir où vous en êtes dans un million d’années.







lundi 13 novembre 2017

La bienveillance et ses limites



Remue méninges : « Ce satané facteur humain » (IV)
La bienveillance et son contraire



Intuition, empathie et sympathie sont des modes de perception et des capacités qui font sans doute partie de notre paquetage de naissance et qui sont favorisées ou inhibées par l'environnement familial et social. La bienveillance, elle, est une attitude culturelle totalement acquise. Elle est indissociable de la connaissance de soi. « Je porte en moi la forme entière de l’humaine condition », disait Montaigne.  

Bienveillance : étymologiquement, « Bene volens », vouloir le bien de l'autre, mais peut-être aussi « voir le bon » qui est dans l'autre... Cette disposition dépend du choix que nous faisons de ne pas attribuer à autrui ce qui nous appartient. Pour comprendre la bienveillance il faut se pencher sur la malveillance, son antonyme. Ce « mauvais œil » relève de la projection, système de défense qui consiste à rejeter sur les autres ce que nous ne voulons pas voir en nous, afin de préserver la bonne image que nous avons de nous-mêmes. En somme, la malveillance, c'est se défaire de ses poubelles dans le jardin du voisin.

Savoir où la malveillance prend sa source, permet de découvrir une réaction presque instinctive : le refus de l'inconfort généré par l'admiration. En effet, l'admiration, étymologiquement « lever les yeux vers » ( ad, vers, et mirare regarder, mirer, en bas latin), attitude qui peut rapidement devenir pénible, bascule souvent en rivalité mimétique. Le modèle devient gênant et l'envie et la jalousie engendrent la malveillance : « Sors de cette place élevée où je t'ai placé, que je m'y mette, tu n'es pas plus brillant que moi. Allez, ouste ! Pour me grandir, il faut que je te diminue. ». Si vous avez des admirateurs, soyez vigilants...

La bienveillance, au contraire de l'admiration qui place l'un en situation d'infériorité et l'autre en situation de dominance, est fondée sur l'estime, le respect de soi et des autres. Elle signe l’entrée dans la tolérance, qui nous permet de vivre en société sans nous entretuer pour un oui ou pour un non. Le management dit bienveillant, aujourd'hui prôné urbi et orbi, ne se décrète pas et reste un vœu pieux si les managers se contentent d'une posture mimant des attitudes, en faisant l'impasse sur le ménage dans leur propre maison. Cela ne s'apprend pas en quelques heures de coaching ou de formation. C'est le travail d'une vie...

Mais, tout comme l'empathie, la bienveillance a aussi sa face négative quand elle ne fait pas de distinction entre les relations nourricières et celles qui empoisonnent. Elle confine alors à la naïveté. Nous pouvons entrer en résonance avec autrui et le comprendre (le prendre en soi), mais il vaut mieux, pour notre équilibre personnel et collectif, ne pas prendre en nous et intérioriser, sans filtres, des comportements toxiques, pervers et manipulateurs... et apprendre à les repérer.

Sans juger les personnes, sans les condamner (c’est l'attribution des instances judiciaires et de la loi), on peut juger des comportements (au sens d’exercer son jugement) et c’est le rôle indispensable de la différenciation éthique. Être bienveillant envers une personne, vouloir son bien, ne signifie pas la dédouaner de ses responsabilités envers les autres. 

Comprendre, être bienveillant, ne signifie pas tout accepter.

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Conclusion (provisoire...)

L'acquisition de connaissances scientifiques, techniques, historiques, économiques, est importante. Elles procurent une tête bien pleine. Mais ces connaissances sont stériles sans la connaissance lucide de soi qui ouvre à la connaissance et à la compréhension de l'autre, qui permet une tête bien faite et qui devrait être le fondement de toute éducation, afin de ne pas en arriver à ce désastre :

Un monde dépourvu de « ce satané facteur humain ».


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Ce satané facteur humain (I)

dimanche 5 novembre 2017

Etes-vous empathique, sympathique ?



Remue-méninges : « Ce satané facteur humain » (III)
l’empathie et la sympathie



L'aptitude à percevoir les émotions des autres, que nous reconnaissons parce qu'elles font écho en nous, est probablement inscrite, depuis la nuit des temps, dans notre histoire d'homininés. Les scientifiques l’attribuent aux neurones miroirs, dont certains animaux seraient aussi pourvus. Si elle s’est inscrite dans l'appareil neuronal, c'est probablement que l'évolution l'a sélectionnée parce qu’elle favorisait la survie et le développement...

On classe dans la même catégorie empathie et sympathie, qui sont pourtant deux faces différentes de la même force de résonance. L’empathie en est son mode récepteur : les émotions vont de l’autre vers soi, nous captons ses états d’âme et nous vibrons à l’unisson car nous les relions aux nôtres. La sympathie, qui va de soi vers l’autre, en est le mode rayonnant et émetteur et, en général, l’une ne va pas sans l’autre.  Il existe pourtant des personnes, très réceptives et empathiques mais freinées dans leur expression, qui ne dégagent pas de chaleur évidente et spontanée et qui ne sont généralement pas qualifiées de « sympas », ou d'autres encore, en apparence ouvertes et chaleureuses, mais sourdes aux émotions d'autrui et uniquement préoccupées de lustrer leur égo dans le sens du poil.

L'empathie et la sympathie nous relient émotionnellement et affectivement les uns aux autres et nous influencent, pour le meilleur ou pour le pire. Le meilleur est évident, sans ce lien aux autres, nous ne serions que des sauvageons, des enfants sauvages, des enfants-loups... ou des robots-crétins. Pour le pire, ces dispositions de résonance peuvent générer une  contagion mimétique, qui fait, des foules, le terrain d'emprise de toutes les dictatures et des manipulations politiques, économiques ou médiatiques. Il n'y a rien de plus dangereux qu'une population animée par des turbulences émotionnelles aveugles.

Pour le pire encore, cette résonance mimétique, sans le filtre cognitif de la différenciation et de la conscience réfléchie, peut gangréner toute la société quand elle permet, dans un silence de connivence généralisée, les comportements toxiques, considérés comme acceptables, de certains détenteurs d'un pouvoir quelconque. Un consensus sociétal silencieux, une sorte d'omerta, peut engendrer chez les victimes, en dédouanant les agresseurs de toute responsabilité, l'équivalent du syndrome de Stockholm : l'identification à l'agresseur, ou bien la honte, l'acceptation ou la soumission.  Il faut beaucoup de courage pour s'y opposer.

C'est ici que le recul, la réflexion critique et l'éthique doivent jouer leur rôle de vigiles et que la conscience réfléchie peut dépasser, englober et secondariser les réactions, qu'elles soient de prédation ou de soumission.

À la racine de l'éthique, il y a cette prise de conscience qu'un être humain n'est pas un objet. Il est le sujet du verbe être et chaque sujet est à la fois unique et différent, mais aussi semblable aux autres, dont il partage les aspirations, les désirs et les craintes.

L'intelligence artificielle est, et sera toujours, dépourvue d'intuition, d'empathie et de sympathie. Elle peut améliorer les aptitudes rationnelles, computationnelles, mais elle ne pourra jamais se substituer aux humains, car ces dimensions de résonance ne peuvent pas lui appartenir : elles signent l'appartenance à la communauté humaine. Dans les mains d'une poignée de décideurs tout-puissants, dépourvus d'empathie, l'IA ne pourra que soumettre les hommes à une servitude volontaire, s'ils acceptent de s'amputer de leur dimension de résonance et se persuadent eux-mêmes qu'ils ne sont que des objets numérisables et des particules quantifiables... 


À suivre avec 
La bienveillance et son contraire