samedi 14 janvier 2012

Image de soi


Remue-méninges : l’apparence

En lisant, ce matin, ma revue de presse quotidienne, je suis tombée sur un test proposé aux lectrices d’un blog de mode : « Quelle It-Girl êtes-vous ? »

It...
?
! ! !
Littéralement traduit, cela donne : « cette fille… objet ». « It » signifie en Anglais «Ce, Cette» et s’applique aux objets inanimés, par exemple, « It-Bag », « It-Shoes » : ce sac, ces chaussures, qu’il faut absolument avoir pour faire partie des heureux du monde.

Avoir, posséder le même choix d’objets que les faiseurs d’influence, les phares.
C’est le moteur du marketing des marques.
« Si à 50 ans, on n’a pas une Rolex, on a raté sa vie »  d’après un faiseur de goûts et de princes.

C’est aussi le principe de la mode qui est un code social, un moyen d’être reconnu par ses pairs, de séduire. Elle n’existerait pas sans une tendance que partagent tous les primates (dont nous faisons partie, mais oui…) : le mimétisme, l’instinct d’imitation, qui permet l’apprentissage social et culturel.


Imiter, mais aussi se différencier.

La parure appartient à tout le règne animal : les cerfs arborent des andouillers très encombrants, les oiseaux et les papillons de belles couleurs, Miss Cro-Magnon déjà, portait des colliers de coquillages rares et précieux, pour attraper dans ses filets le  chasseur de mammouths le plus performant. C’est un des moyens que prend la vie pour se perpétuer.

It-Bag ? D’accord.
Mais… It-Girl ?

D'après Wikipédia, une It-Girl est une jeune femme qui possède la qualité « It » : celle de l’attraction absolue. Elle est, par définition, le modèle de ce qu’il faut être pour faire partie des élus. (La personne la plus en vue, la plus « in », la plus séduisante, la plus riche, donc la plus heureuse.)

Ah ?  Il s’agit d’être… Elle ?


Avoir. Jusque-là, j’avais compris. Mais être ?
Comment  être quelqu’un d’autre que soi ? Que devient l’individu qui se transforme en clone, parce qu’on lui enjoint de le faire sous peine de n’être rien ? Est-ce que ça le comble ? Est-ce que ça le nourrit ?

Mais peut-être s’agit-il seulement d’être comme elle, de paraître. Avoir des objets désirables pour être objet de désir. Ou d’envie…
Être comme les « It-Girls » ce serait alors porter un masque, se vêtir des plumes du paon pour sembler faire partie des élus, s’en donner l’illusion.

C’est ici qu’apparaît un malaise, parce que le masque n’est pas l’identité. C’est un faux Moi. A moins d’une passion dévorante pour les sacs et les chiffons… 
(Ceci n'est pas une critique, j’aime beaucoup les sacs et les chiffons…)

Malaise qui s’exprime souvent ainsi : "Je ne suis pas satisfaite de moi. Je voudrais être reconnue, admirée, correspondre à un modèle...."

On peut tracer un portrait-robot de ce modèle actuel de la réussite : a réussi celle qui est ouverte, extravertie, à l’aise partout, qui n’a pas de doutes sur sa valeur, qui entraîne les autres parce qu’elle parle bien, qu’elle est énergique, mince et sportive, décontractée, décomplexée. Elle gagne beaucoup d’argent, elle a une belle voiture et une grande maison, du succès auprès du sexe opposé, elle pense que seuls les plus forts survivent et que ceux qui ne le sont pas méritent ce qui leur arrive.
C’est la bombe « It-girl », la femme politique, la financière, trader ou femme d’affaires, qui brasse des millions, la créatrice, la cover-girl, l’actrice, la « tastemaker. »

Et malheur aux autres.
Les modèles de réussite sociale ont toujours été très forts et très prégnants. La hauteur des coiffures à la cour de Marie-Antoinette qui obligeait les architectes à rehausser les portes, l’ampleur des crinolines sous Napoléon III, les chaussures à plateforme des vénitiennes, marquaient le rang social et la séduction.


Le modèle actuel est d’autant plus fort qu’il est omniprésent dans les médias. Il détermine souvent des trajectoires professionnelles, par exemple une orientation vers les secteurs ou les métiers de la « réussite », même s’ils ne correspondent pas vraiment à un intérêt personnel bien défini.

Et le contraste est violent entre les modèles et le quotidien, car la tête est pleine de rêves et les mains semblent vides.

 « Je n’ai pas réussi ma vie parce que je ne corresponds pas et de loin, à ce modèle. »

La réussite est un de ces grands mots fourre-tout auxquels il faut sans cesse faire la chasse car ils génèrent des catastrophes de représentation et des idées fausses, semeuses de désastre.

Que signifie réussir sa vie ?
Est-ce être la copie carbone d’un type social, en compétition pour être le point de mire de ses congénères ? 
Ou est-ce trouver d’abord ce qui vaut pour nous, ce qui nous importe vraiment, ce dont nous sommes capables, et ensuite y tendre inlassablement, en utilisant tous nos talents ? Devenir des personnes individuées, amies avec elle-même, en échange juste, autant que possible, avec les autres, vouloir réaliser le meilleur de ses possibilités avec, parfois, un sentiment heureux d’accomplissement ?

Ce chemin n’est pas toujours semé de roses. 
Les roses ont aussi des épines.
Mais « C’est le marcheur qui fait le chemin ». 
Et c'est le sien.

L’assurance vient alors,
chemin faisant.

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