jeudi 29 mars 2012

La relation aux autres dépend-elle de nos valeurs ?



Remue-méninges. Compétition ou coopération ?

De toutes les espèces vivant sur terre, la nôtre est la seule à avoir besoin de se construire une légende, de donner un sens à son histoire, de s’inscrire dans une continuité qui semble cohérente et de trouver ainsi du sens à ses actes.
Un fil conducteur court tout au long des récits de création et des mythes : deux thèmes, sous-tendant deux idéologies, deux visions du monde, se combinent ou s’affrontent.

Pour les uns, le moteur de la saga humaine est la compétition : la vie est une lutte pour la survie, la violence mène le monde, c’est le  plus fort qui l’emporte, si je ne mange pas l’autre, c’est l’autre qui me mangera. Struggle for life.
Et bien entendu, les orientations que je prendrai (ou que prendront la société et la culture, y compris d'entreprise, à laquelle j’appartiens) découleront de cette représentation.

Pour les autres, l’individu ne peut pas survivre s’il ne coopère pas avec ses semblables et l’homme est d’abord un animal social. Le succès de l’espèce, qui a réussi à occuper et coloniser toute la planète, est dû au langage, au partage, à l’entraide et donc à la coopération.
Et bien entendu, si c’est cette croyance fondamentale qui m’anime, je ferai des choix de vie en accord avec elle.
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dimanche 25 mars 2012

Communiquer : manipuler ?




Remue-méninges : la double contrainte.

La presse se fait écho d'un phénomène de société qui prend de l'ampleur : les manipulations destructrices des "pervers narcissiques" et le harcèlement moral qui conduit des salariés à des impasses vitales.

Quel est le ressort psychologique qui engendre autant de détresse ?

Pour les psychologues de l’école de Palo Alto les désordres mentaux peuvent être provoqués par des injonctions paradoxales, une double contrainte.

« Une double contrainte désigne l’ensemble de deux injonctions qui s’opposent mutuellement, augmentées d’une troisième contrainte qui empêche l’individu de sortir de cette situation. (...) La double contrainte exprime donc le fait d’être acculé à une situation impossible, où sortir de cette situation est également impossible. »

Un exemple :
Un homme avait baptisé son chien « Fous-Le-Camp ». Quand il l’appelait : « Viens-ici, Fous-Le-Camp !»,  il se demandait pourquoi l’animal, tous neurones court-circuités, se mettait à courir en rond après sa queue…

Un autre exemple :
- « Dites- moi non » 
Si je refuse de le faire, je vais répondre non.  Mais en disant non, j’obéis à l’injonction. Si j’obéis, ma réponse revient à dire oui. Mais si je dis oui, je désobéis au commandement. Si je désobéis, je dis non, mais en disant non, je dis oui.

C’est ici que la folie me gagne…

Ce pourrait être un gag.

C'est beaucoup plus grave car c'est le mécanisme qui 
est à la base de toutes les situations de manipulation, de disqualification, de harcèlement.

« Pile, je gagne et face tu perds. »

On pourrait multiplier les injonctions de ce genre : la plus emblématique est celle-ci : "soyez spontané". Que j'accepte ou que je refuse, il m'est impossible de l'être.

La double contrainte génère une situation à laquelle il ne peut y avoir de réponse logique. Il faut donc « penser autrement », être illogique et essayer de sortir de l’impasse, non par la folie ou par la dépression, mais par le rire ou l’humour... ou encore, la fuite !

C’est toujours la créativité qui permet de recadrer la situation.

Exemple de sortie de cadre créative :
Reliez les 9 points de la figure ci-dessous, à l'aide de 4 droites de longueur égale, sans jamais lever le crayon.
 

Impossible !
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mardi 20 mars 2012

Communiquer : stigmatiser



L’œil de la mouche
le bouc émissaire et la pensée magique.


Ce billet a été écrit avant le drame atroce du 19 mars qui nous impose à tous une vigilance particulière dans nos actes et nos paroles : "qui sème le vent récolte la tempête".

Dans l'échange entre un émetteur et un récepteur, les "parasites" de la communication viennent souvent brouiller le message et le fausser.

Ces parasites sont très fréquents dans les périodes d'incertitude, lorsque l'inconnu est ressenti comme une menace.

C'est justement dans ces circonstances qu'il faut être vigilant et refuser de céder à la pensée magique.

"La pensée magique est un des moyens que prend l'esprit pour échapper à l'angoisse de l'inconnu et pour se prémunir de l'imprévu. Elle semble donner le contrôle sur les évènements en établissant un lien de causalité entre deux évènements indépendants".(Ici)

Elle met en place des rituels visant à éradiquer la réapparition d'un danger. 

Elle débouche très souvent sur la recherche de boucs émissaires. Les causes des catastrophes ont ainsi un visage identifié, apparemment rationnel, donc rassurant.


Une magistrale illustration : Voltaire. Les contes philosophiques. Candide

"Après le tremblement de terre qui avait détruit les trois quarts de Lisbonne, les sages du pays n'avaient pas trouvé un moyen plus efficace pour prévenir une ruine totale que de donner au peuple un bel autodafé.

Il était décidé par l'université de Coïmbre que le spectacle de quelques personnes brûlées à petit feu, en grande cérémonie, est un secret infaillible pour empêcher la terre de trembler.

On avait en conséquence saisi un Biscayen convaincu d'avoir épousé sa commère, et deux Portugais qui en mangeant un poulet en avaient arraché le lard : on vint lier après le dîner le docteur Pangloss et son disciple Candide, l'un pour avoir parlé, et l'autre pour avoir écouté avec un air d'approbation : tous deux furent menés séparément dans des appartements d'une extrême fraîcheur, dans lesquels on n'était jamais incommodé du soleil.

Huit jours après ils furent tous deux revêtus d'un san-benito, et on orna leurs têtes de mitres de papier. La mitre et le san-benito de Candide étaient peints de flammes renversées et de diables qui n'avaient ni queues ni griffes ; mais les diables de Pangloss portaient griffes et queues, et les flammes étaient droites.

Ils marchèrent en procession ainsi vêtus, et entendirent un sermon très pathétique, suivi d'une belle musique en faux-bourdon.

Candide fut fessé en cadence, pendant qu'on chantait. Le Biscayen et les deux hommes qui n'avaient point voulu manger de lard furent brûlés, et Pangloss fut pendu, quoique ce ne soit pas la coutume.


Le même jour, la terre trembla de nouveau avec un fracas épouvantable".
                        
                          


vendredi 16 mars 2012

Communiquer : ce que parler veut dire



Remue-méninges : je clive, tu clives, il clive...

Au fil du temps, les mots s'usent, s'affaiblissent, se vident de leur sens et nous ne les utilisons plus à bon escient, ce qui fausse nos échanges.

Ils ont pourtant un sens précis et l'usage que nous en faisons traduit (trahit ?) une représentation individuelle ou collective souvent peu consciente d'elle-même. 

Par exemple, en ce moment, impossible d'y échapper, à gauche, à droite, repris en chœur dans tous les médias, le nom "clivage", le verbe "cliver" reviennent nous obséder.


Quelle est leur signification exacte ?
  • En géologie : c'est la propriété des minéraux de se fendre le long de faces planes (plans de clivage).
  • Par extension : c'est une fracture (ou une rupture) dans un groupe ou dans une organisation.

Donc, "clivage", "il faut cliver", expressions qui envahissent l'espace public, ne sont pas des termes neutres, ni anodins.

Il ne s'agit pas simplement de confronter des idées. Il s'agit d'opposer le bon (soi-même) et le mauvais (l'autre), le vrai et le faux, le noir et le blanc, l'axe du mal et celui des preux chevaliers, l'Ange, ("vêtu de probité candide et de lin blanc") et le Diable (sulfureux et cause de tous les malheurs du monde).

Grâce à ce mode de raisonnement, il est possible de compter jusqu'à deux. Au delà de deux, c'est... beaucoup.

Arithmétique élémentaire qui permet  d'éliminer allègrement la complexité perturbatrice de l'être humain et de vivre en paix dans un monde ordonné, sans ambivalence ni doutes, où chaque chose reste définitivement à la place qui lui revient de toute éternité.

Peut-être aussi d'éliminer l'humain, ce fauteur de troubles ?

Pour bien  travailler, un bon menuisier a besoin d'outils : une équerre, un compas, un trusquin, un mètre pliant, différentes scies, des marteaux, des râpes, des tenailles et des clous, des ciseaux à bois, un rabot etc.

Pour raisonner et communiquer correctement, il nous faut aussi une boite à outils de mots, nous en servir avec précision et ne pas rester dans l'à-peu-près et l'approximation.


N'utilisons pas "cliver", 
sauf pour parler de psychopathologie ou de minéralogie.

Pour indiquer des divergences d'opinion, servons nous plutôt des expressions :

"marquer ses différences, 
se séparer, 
se différencier, 
s'opposer, 
se confronter, 
particulariser, 
diverger, 
refuser, 
réfuter, 
s'affronter, 
s'élever contre, 
rejeter"...

 "Ce qui se conçoit bien s'énonce clairement et les mots pour le dire arrivent aisément"


samedi 10 mars 2012

Enquête métier



Remue-méninges : votre métier m'intéresse...




Vous avez décidé d'évoluer dans votre métier ou de vous former pour en exercer un autre. 

Vous savez ce que vous voulez et pourquoi vous voulez changer. Vous savez aussi que vous avez des atouts pour opérer ce changement.

On vous a conseillé de réaliser une "enquête métier" : confronter vos rêves ou votre désir à la réalité vécue au quotidien en interrogeant un professionnel de ce métier.
Vous voulez bien le faire, mais que pouvez-vous demander ?

Voici une grille de questions que vous pouvez modifier, réduire ou compléter, au choix...

lundi 5 mars 2012

Communiquer : dialoguer




Remue-méninges : Bonjour, et après ?


Que se passe-t-il quand nous rencontrons quelqu’un  que nous connaissons ?

Un signal :
« Bonjour, comment allez-vous ?
-Très bien, et vous-même ?
-Mais oui, merci »
C’est tout. Nous avons manifesté un signe d’appartenance à une communauté, une interaction sociale « light ». Et les choses en restent là. Nul ne s’attend à ce qu’elles aillent plus loin. 

C’est ce qui permet de mettre un peu  d’huile dans les rouages sociaux.

Du bruit :
Est-ce qu’il vous arrive d’écouter les conversations dans le métro au point d’en oublier de descendre à votre station ? Moi, oui. Je sais, c’est très malpoli… Mais c’est fascinant.

Par exemple, deux jeunes femmes :
Numéro 1 : « Et alors… Patati patata… Et alors je lui dis… Bla bla Bla… Et alors il me fait… Patati patata… » Le tout sans respirer, à la vitesse d’un tsunami emportant tout sur son passage, pendant au moins cinq minutes.
Pendant ce temps, numéro 2, l’œil fixe, concentrée sur la bouche de sur son interlocutrice, a manifestement envie d’intervenir mais trouve difficile d’endiguer le flot.  Et elle attend avec avidité le moment où l’autre va devoir reprendre sa respiration pour s’emparer du micro.

Et hop !
  
« Oui-cé-comoi-JE … Et alors… Patati patata… Et alors je lui dis… Bla bla Bla… Et alors il me fait… Patati patata… »
Numéro 1  n’a plus qu’à attendre le moment où Numéro 2 va reprendre son souffle pour remettre la main sur le micro. Et ainsi de suite jusqu’à leur descente sur le quai.

C’est l’équivalent de l’épouillage chez les chimpanzés : un contact, l’établissement d’une sorte de caresse verbale, une manière de croiser des solitudes.  Il n’y a pas là un émetteur et un récepteur, il y a deux émetteurs qui expriment leur Moi.
C’est sans danger et sans enjeu.  J’émets un message : j’existe. 

Deux droites parallèles ne se rencontrent, parait-il, qu’à l’infini.
C’est loin !

De la frime :
J’ai eu une voisine pénible.
Quand je la croisais et que je lui disais « Bonjour comment-allez-vous ? », elle se croyait obligée de me le dire. Longuement, à la première personne du singulier, en mettant en scène un personnage brillant, Nanti-De-Belles-Relations-Et-Appartenant-Aux-Privilégiés-Du-Monde.

Elle projetait, sur l’écran que je représentais à ses yeux, le film dont elle était l’héroïne, sans se demander si ça me passionnait – Il allait de soi que ça ne pouvait que me passionner. Le rôle qu’elle m’attribuait était celui d’un public neutre, muet, passif et admiratif, un miroir.

Une fois, c’est amusant. Après, ça commence à agacer.
Je peux comprendre pourquoi elle le fait mais je ne suis pas forcément obligée d’accepter.

Donc, agacée, j’ai mis en place un dispositif de dissuasion massive : à la rencontre suivante, je ne lui ai pas demandé comment elle allait mais je l’ai ensevelie sous une masse d’informations à mon sujet : les nouvelles du petit dernier, de ma santé, de toute ma famille,  du chat, les réparations du toit et tout ça.
Les choses n’ont pas traîné, elle s’est rapidement découvert une course urgente à faire.

Depuis, nous nous adressons des « signaux » light, le plus cordialement du monde.

Des opinions :
La saison est fertile en débats, en tables rondes réunissant économistes, intellectuels, politiques, célébrités du marketing, journalistes, qui ont des choses à dire pour nous éclairer sur la marche de la planète et nous indiquer ce qu’il faut en penser. Ils sont sensés échanger des analyses et de cet échange doit jaillir, pour nous, la lumière.

Cacophonie intégrale et migraine assurée : tous parlent en même temps, se coupent sans arrêt la parole, s’interrompent en haussant le ton, veulent faire triompher leurs idées et leur vision. En définitive, nous, spectateurs, ne sommes peut-être pas beaucoup plus avancés, mais sûrement épuisés.

Le but du jeu est un combat : il s’agit de mettre l’interlocuteur KO debout en lui prouvant qu’il dit des inepties et qu’on est seul à détenir des vérités essentielles. Et si on y arrive, de se retrouver vainqueur, au milieu d’un champ de ruines.
 Ce n’est pas un dialogue mais un match de catch.

Dans convaincre, Il y a vaincre. Le combat cesse avec la victoire, faute de combattants.

Mais aussi, parfois, miracle !  
Une rencontre :

« Entre
Ce que je pense,
Ce que je veux dire,
Ce que je crois dire,
Ce que je dis,
Ce que vous avez envie d'entendre,
Ce que vous croyez entendre
Ce que vous entendez,
Ce que vous avez envie de comprendre,
Ce que vous croyez comprendre,
Ce que vous comprenez,
Il y a dix possibilités qu'on ait des difficultés à communiquer.

 
Mais essayons quand même… »
   (Bernard Werber. L’Encyclopédie du Savoir Relatif et Absolu.)  





vendredi 2 mars 2012

Communiquer : filtrer


Remue-méninges : les illusions.

Regardez bien les trois dessins ci-dessous et demandez-vous ce que vous voyez. 
En principe, deux images doivent apparaître mais au premier abord, l’une vous paraîtra évidente et vous aurez du mal à trouver l’autre. 

Une jeune fille élégante ou une sorcière ?

Un vase ou deux visages ?


Un indien ou un esquimau ?

Nous sommes tous persuadés de voir la réalité telle qu’elle est. 
En fait, nous avons tous des filtres !

Et ces filtres orientent l’idée que nous nous faisons des choses…


La seule manière d’approcher la réalité est l’échange et la confrontation avec les représentations des autres.