mercredi 30 janvier 2013

Une leçon de séduction



L’œil de la mouche : comment retenir l'attention.

Steinbeck. Tendre jeudi. Poche
Dialogue entre une tenancière de maison close au grand cœur, Fauna et une de ses protégées, Suzy, à qui elle veut apprendre l'art de séduire l'homme qui lui plait... pour l'épouser.
Suzy, alourdie par son passé de fille de joie, doute d'elle-même.

Les conseils de Fauna :
Se taire
-"Essaie de te rappeler les ennuis que tu as eu dans la vie, et tu verras qu'ils sont venus de ce que tu avais trop parlé."
-"C'est vrai" dit Suzy, "mais je ne peux pas m'en empêcher."

-"On apprend à se taire comme on apprend tout le reste. En général, on jette ses idées à la tête des gens. Eh bien, Suzy, nous n'avons pas d'idées. Nous ne faisons que répéter ce que nous avons entendu. Nous sommes toujours trop pressées d'exprimer nos idées, donc, ne jette pas tes idées à tort et à travers parce que tout compte fait, tu n'en as pas." 
 
Écouter
"Ensuite, apprends à écouter. On ne sait pas écouter, alors que c'est si facile. Pendant qu'on écoute, on ne fait rien d'autre. C'est très intéressant. Si un homme te dit quelque chose qui t'intéresse, ne le cache pas. Essaie de savoir ce qu'il pense, plutôt que de rechercher comment tu vas lui répondre."
-"Vous m'avez bien étudiée" dit Suzy.

Ne pas frimer
- "Maintenant, il reste le plus dur et le plus simple à la fois. N'essaie pas de passer pour ce que tu n'es pas et ne fais pas semblant de connaître quelque chose dont tu ne sais rien. Tôt ou tard, ça te retomberait sur le nez. On n'a jamais fait de mal à quelqu'un en lui posant une question. Il n'y a rien que les gens aiment autant que de vous faire profiter de leur expérience."

Poser des questions
Suzy était silencieuse et regardait ses mains.
- "Tu as de jolis ongles" dit Fauna.

- "C'est facile dit Suzy. C'est une recette de ma grand-mère. On laisse un vieux citron à côté du lavabo et chaque fois qu'on se lave les mains on se frotte les ongles avec. Puis on verse un peu de talc dans le creux de sa main et on se frotte les ongles de l'autre main."
- "Tu vois ce que je veux dire maintenant ?" demanda Fauna.
-"Quoi ?"
-"Je viens de te poser une question."

Ne pas tout savoir
- "D'abord, tu ne dois jamais oublier que tu es Suzy et personne d'autre, que Suzy vaut quelque chose et qu'il n'y a personne comme elle à la surface de la terre, ça ne fait jamais de mal de penser ça de soi-même. 

Une fois que tu t'es mis ça dans le crâne, tu admets qu'il y a une quantité de choses que Suzy ne sait pas. La seule façon de les apprendre c'est de les voir, de les lire ou de poser des questions. En général, les gens ne regardent qu'eux et ça ne les mène pas loin. Seulement, personne ne s'intéresse particulièrement à Suzy. Les gens n'ont pas le temps de penser à toi parce qu'ils pensent à eux. 

Il y a deux ou trois façons d'attirer leur attention, la meilleure est de parler d'eux."

Accepter les compliments
"Lorsque tu auras attiré l'attention des gens sur toi, ils voudront faire quelque chose pour toi. Laisse-les faire. Ne fais pas la fière et ne dis pas que tu n'en as pas besoin. Ce serait comme si tu les giflais." 

-"Fauna, vous n'avez jamais été mariée ?"
-"Non"
-"Pourquoi" ?
Fauna sourit
-"Quand j'ai eu appris tout ce que je viens de te dire, il était trop tard"...

Les recettes de Fauna fonctionnent aussi très bien pour les relations de travail.

vendredi 25 janvier 2013

Recrutement : un oeil critique





Remue-méninges : "T'es pas fou, Loulou ?"

Quelques grandes entreprises de Silicon Valley, en mal d'innovation, ont encore amélioré la manière de piéger et déstabiliser les candidats, lors des entretiens de recrutement.

Le but du jeu, c'est de leur poser des questions surréalistes, en prétendant qu'elles servent à tester la créativité. Certains recruteurs français sont enthousiasmés et vont emboiter le pas, toutes affaires cessantes, ce qui va contribuer considérablement à enrichir le bêtisier de l'emploi.

Partagée entre le rire et la stupéfaction, j'ai eu envie d'imaginer un Jean de la Lune qui ne jouerait pas le jeu.

Deux questions, au hasard.
-Le recruteur : "Quelle quantité de papier hygiénique faudrait-il pour recouvrir entièrement le Texas ?"
-Jean de la Lune, naïf : "Ne me dites pas que vos managers sont atteints à ce point-là ? Ils veulent vraiment étaler du papier hygiénique partout ?"

-Le recruteur : "Nage-t-on plus vite dans l'eau ou le sirop ?"
-Jean de la Lune, prévenant : "Écoutez, camarade, regardons calmement le problème en face. Vous devez vous défaire de cette impulsion à nager dans le sirop. Il faut, tout de suite, là, comme un homme, décider de vous en tenir à l'eau et mener une vie plus saine. D'accord ?"
....... 

Par définition, les créatifs sortent des schémas conventionnels et des sentiers battus. Ils ont une pensée divergente et convergente, qui produit des idées inattendues, hors normes et donc impossibles à étalonner et à prévoir.
 
Ces questions semblent appeler un raisonnement logique et rationnel, sur des prémisses incongrues et fantaisistes.  Le "piège" est là. On ne peut en sortir qu'en pensant autrement, or, paradoxalement, les "bonnes réponses" sont déjà prévues, définies et attendues... Comment, dans ces conditions, le degré de créativité d'un candidat pourrait-il être évalué, par qui, sur quels critères ?
 
Est-ce donc bien la créativité et la capacité d'innovation qui sont recherchées ? 
Jean de la Lune ne sera pas recruté, évidemment. Il ne sera pas éliminé par manque de créativité, mais par manque de docilité : il sort du cadre en remettant les questions en question. Pour l'Autorité, il n'en est pas question. 
L'Autorité chercherait-elle des créatifs-conformistes, l'équivalent moderne de la Chimère ?
 
En fait, ce petit jeu d'influence ressemble beaucoup à une prolongation de l'expérience de Milgram
Jusqu'où, grâce à quel appât, peut-on amener un candidat intelligent à obéir à une consigne sans réfléchir, afin d'être sûr qu'il soit un exécutant inconditionnel, adhérant totalement aux injonctions et aux orientations de la firme ?

Si vous ne souhaitez pas être lobotomisés, vous pouvez vous entraîner, avec Jean de la Lune, à sortir du jeu.

Vous ne serez pas sélectionnés par les Top 10, 
mais vous aurez développé votre esprit critique. 

C'est salutaire.

Un très bon article sur ces pratiques de recrutement
 Ici