jeudi 27 juin 2013

Le talent



Remue-méninges : cultiver le talent.

Dans un jardin luxuriant de mon enfance, plein de jasmins, de pamplemoussiers et de giroflées odorantes, il y avait une plante guerrière qui tendait vers le ciel des épées bardées d’épines, blessantes, peu avenantes… Une agave.

Rien de bien séduisant chez cette plante. Ni fleurs, ni parfum. Qui s’y frotte s’y pique.

Un jour pourtant, un bourgeon est apparu, qui s’est transformé en une seule fleur blanche, énorme. L'agave est une plante qui ne fleurit qu’une fois dans sa vie et elle vit très longtemps, elle prend son temps. Autant dire que les fleurs sont rares.

Le talent est une disposition qu’il faut cultiver avec patience, dont il faut attendre la fleur accomplie, qui demande de l’attention et de la persévérance, tout le contraire de "je veux tout et c'est pour tout de suite".

Le talent, c’est une fleur du temps.

Si les décideurs, qui se plaignent de l’absence de talents, avaient pris, hier, le temps de regarder autour d'eux au lieu de forcer des annuelles, ils auraient sans doute découvert qu’ils avaient dans leur jardin ce qu’ils recherchent avec anxiété aujourd'hui.

Il n'est peut-être pas trop tard pour demain.

lundi 24 juin 2013

Que devient l'enfant en nous ?


L’œil de la mouche : "C'est Mozart qu'on assassine."

"Je m’assis en face d’un couple. Entre l’homme et la femme, l’enfant, tant bien que mal, avait fait son creux, et il dormait. Mais il se retourna dans le sommeil, et son visage m’apparut sous la veilleuse. Ah ! Quel adorable visage ! Il était né de ce couple-là une sorte de fruit doré. Il était né de ces lourdes hardes, cette réussite de charme et de grâce.

Je me penchai sur ce front lisse, sur cette douce moue des lèvres, et je me dis : voici un visage de musicien, voici Mozart enfant, voici une belle promesse de vie. Les petits princes des légendes n’étaient point différents de lui : protégé, entouré, cultivé, que ne saurait-il devenir ! Quand il naît par mutation dans les jardins une rose nouvelle, voilà tous les jardiniers qui s’émeuvent. On isole la rose, on cultive la rose, on la favorise. Mais il n’est point de jardinier pour les hommes. Mozart enfant sera marqué comme les autres par la machine à emboutir. Mozart fera ses plus hautes joies de musique pourrie, dans la puanteur des cafés concerts. Mozart est condamné.

(...) C’est quelque chose comme l’espèce humaine et non l’individu qui est blessé ici, qui est lésé. Ce qui me tourmente, les soupes populaires ne le guérissent point. Ce qui me tourmente, ce ne sont ni ces creux, ni ces bosses, ni cette laideur. C’est un peu, dans chacun de ces hommes, Mozart assassiné."
Antoine de Saint Exupéry. Terre des hommes
 
Peut-on s'y résigner ?

mercredi 19 juin 2013

La liberté d'être soi



Remue-méninges : devenir sujet du verbe être.

Pour devenir un sujet libre de vivre pleinement sa vie, il vaut mieux se débarrasser de l’emprise des tyrans qui nous en empêchent.
Il n'est pas toujours possible de se débarrasser des tyrans extérieurs. Mais nous sommes aussi souvent victimes de nos tyrans intérieurs.

Ces tyrans intérieurs, qui sont-ils ? 
  •  Ils sont générés par notre éducation. C’est le rôle du "surmoi", qui remplit sa fonction tant qu’il aide à l’individu à se socialiser, mais qui peut devenir oppresseur s’il empêche de grandir. 
  • Ils contraignent à respecter, sans les remettre en questions, des conventions, des dogmes, des idéologies, des préjugés, des habitudes, ce qui se fait et ne se fait pas… 
  • Ils sont induits par des représentations du monde : pessimisme et catastrophisme, amplement relayées par les médias qui trouvent que le malheur et le drame se vendent mieux que l’optimisme et les bonnes nouvelles.
Immergés dans l'action et la besogne, nous agissons et réagissons souvent dans l'urgence, sans nous poser de questions de fond sur les compétences que nous mettons en œuvre. 

Il est d'ailleurs pratiquement impossible d'agir tout en s'observant : comment être à la fenêtre et se regarder passer dans la rue ? Peut-on être en même temps sujet observant et objet observé ? Drôle de gymnastique...

Nous pouvons le faire, cependant, à postériori, en analysant nos actions, notre manière d'agir et les résultats obtenus. Mais même ainsi, c'est difficile. Notre mémoire filtre, nos affects colorent les faits et les représentations. Souvent en gris d'ailleurs.

La conscience de soi (et des autres en tant qu'individus différents de soi) émerge chez le petit enfant au stade du miroir, vers quinze mois.  Elle nait de l'échange, heureux ou non, avec ses proches.

Pour nous connaître, nous avons besoin d'un miroir : le regard et l'écoute d'un autre, qui ne soit pas impliqué affectivement dans la relation, qui ait de nous une vision à la fois objective, expérimentée et bienveillante, qui ne cherche pas à nous former ou à nous éduquer en fonction de ses représentations. 
  
Pour parler en notre nom, il nous faut un interlocuteur qui respecte ce droit et qui sache nous inciter à dire JE : "Je dis", "Je sais", "Je sais faire", "Je souhaite", "Je veux", "Je ne veux plus"... Quelqu'un qui ne nous juge pas, qui ne nous dise pas ce qu'il faut être ou ce qu'il faut penser mais qui nous permette d'être ce que nous pouvons devenir.

C'est à partir de ce dialogue (du grec dia-logos : parole à deux) que nous serons capables de repérer nos forces, notre stratégie de succès, nos moteurs, et de trouver l'énergie d'agir avec des perspectives qui aient du sens pour nous.

Ensuite, il sera possible d'explorer des opportunités professionnelles.

 Ne nous trompons pas de priorité...

lundi 17 juin 2013

Recrutements en péril



Remue-méninges :  les candidats compétents se font rares.

Alors que le niveau culturel et le fameux QI sont, parait-il, en constante hausse dans nos pays occidentaux, que le taux de réussite au Baccalauréat frôle les 85 % d’une classe d’âge, que les chiffres du chômage battent tous les records, que la formation initiale et la formation continue engloutissent des milliards d’euros, que l’information n’a jamais été aussi accessible, les entreprises peinent à recruter.

Pourquoi ?

Il est d’usage d’accuser l’enseignement, de dire qu’il est coupé de la réalité économique et des besoins des entreprises, de constater que les compétences de base ne sont même pas acquises en fin d’études et que la génération Y est incontrôlable...

C’est certain et il y a beaucoup à faire pour y remédier...
Mais ce n’est qu'un aspect des choses et Janus a deux visages. Certaines entreprises ont aussi leur part de responsabilité. 

Regardons-la en face et rendons à César ce qui lui appartient.
  • SSII stakhanovistes, qui épuisent les informaticiens mis à disposition des entreprises et les nomment élégamment "la viande". La viande se trotte ailleurs et l'informatique est en souffrance…
  • Procédures de recrutement bardées de méfiance à priori envers les candidats (questions "pièges"...), à l’affût du moindre trou dans le CV, valorisant les diplômes de niveau 1, négligeant les autres, exigeant qu’au sortir de ses études, un jeune diplômé soit parfaitement opérationnel et rentable. Les candidats trichent...
  • Valorisation exclusive des études scientifiques et commerciales, mépris installé depuis longtemps pour les filières littéraires et techniques : les métiers sous tension ne trouvent plus de techniciens qualifiés, les littéraires font cruellement défaut au moment où il faudrait utiliser leurs capacités heuristiques et leur culture pour faire face aux formidables défis auxquels nous sommes confrontés aujourd'hui...
  • Professionnalisation et apprentissage ? Trop prenant pour les managers, perte de temps, manque de productivité immédiate. C’est le parcours du combattant pour décrocher un contrat. La relève n’est pas assurée faute de prospective, et lorsque la carence en personnel est là, (à partir de 45 ans, l'obsolescence est programmée), il est trop tard pour y remédier...
  • Méthodes de management axées sur un profit maximum à court terme et faisant fi de la dignité humaine, du besoin élémentaire de reconnaissance, salariés jetables, sans même parler des procédés de disqualification ou de harcèlement… et donc, décompensations à répétition,  coûts des arrêts maladie, réputation abîmée. (L'appeler "Branding" ne change rien à l'affaire).
  • Embauches formatées à l'aune d'une conception tayloriste de l’emploi, recherchant l’adéquation parfaite et immédiate d’un profil à une fonction, en place d'une stratégie qui rende l'entreprise agile et favorise les aptitudes transversales, le fonctionnement en mode projet et le potentiel évolutif des salariés... 

Pour être entendu, il faut savoir écouter.
Pour être aimé, il vaut mieux être aimable.

On n'attrape pas les mouches avec du vinaigre.