lundi 28 octobre 2013

Un regard décalé



L’œil de la mouche : préférez-vous l'humour ou l'ironie ?

L'humour est léger.  Il désengage de l'épaisseur du quotidien et permet de prendre du recul. Il nous amuse par le décalage surprenant entre deux notions qu'il n'est pas habituel de rapprocher. Il implique l'auteur, sans méchanceté, et l’associe à ses semblables dans une communauté de destin, lié à la tragi-comédie existentielle humaine.

Par exemple, Woody Allen :

"Ce n'est pas que j'aie vraiment peur de mourir, mais je préfère ne pas être là quand ça arrivera."

"Depuis toujours, l'homme exploite l'homme et parfois c'est l'inverse."

"Depuis quinze ans, je me fais psychanalyser. Encore un an et après j'essaie Lourdes."

"Dieu reste muet, si seulement nous pouvions convaincre l'être humain d'en faire autant."


L'ironie est souvent cruelle. C'est l'équivalent d'une passe d'escrime, d'un duel, qui vise à discréditer un homme ou une idée en les ridiculisant et en les épinglant au mur grâce à une botte imparable. C'est une arme de polémique.

Par exemple, Voltaire :
Épigramme contre sa bête noire, Jean Fréron, que personne ne connaîtrait aujourd'hui sans ces quelques vers…
"L'autre jour, au fond d'un vallon,
Un serpent piqua Jean Fréron.
Que pensez-vous qu'il arriva ?
Ce fut le serpent qui creva."

Lettre à Rousseau, en réponse au deuxième discours qui défend la thèse du "bon sauvage" et analyse les causes sociales de l'inégalité entre les hommes.
"J'ai reçu, Monsieur, votre nouveau livre contre le genre humain. Je vous en remercie. Vous plairez aux hommes à qui vous dites leurs vérités et vous ne les corrigerez pas.

Vous peignez avec des couleurs bien vraies les horreurs de la société humaine dont l'ignorance et la faiblesse se promettent tant de douceurs. On n'a jamais employé tant d'esprit à vouloir nous rendre Bêtes. Il prend envie de marcher à quatre pattes quand on lit votre ouvrage. Cependant, comme il y a plus de soixante ans que j'en ai perdu l'habitude, je sens malheureusement qu'il m'est impossible de la reprendre. Et je laisse cette allure naturelle à ceux qui en sont plus dignes que vous et moi.

Je ne peux non plus m'embarquer pour aller trouver les sauvages du Canada, premièrement parce que les maladies auxquelles je suis condamné me rendent un médecin d'Europe nécessaire, secondement parce que la guerre est portée dans ce pays-là, et que les exemples de nos nations ont rendu les sauvages presque aussi méchants que nous. Je me borne à être un sauvage paisible dans la solitude que j'ai choisie auprès de votre patrie où vous devriez être. "

..."auprès de votre patrie où vous devriez être"...

A la fin de l'envoi, je touche.



lundi 21 octobre 2013

La politique des chiffres.




Remue-méninges : les bons comptes de la sélection naturelle.

La théorie de l'évolution de Darwin établit le fait que "certains individus portent des variations qui leur permettent de se reproduire davantage que les autres, dans un environnement précis. Ils disposeraient alors d'un avantage sélectif sur leurs congénères.
L'augmentation de la capacité à survivre et à se reproduire se traduit par une augmentation du taux de reproduction et donc par une descendance plus nombreuse, pour les individus porteurs de ces caractéristiques."
 
Le darwinisme social a détourné de son sens initial la théorie de la sélection naturelle postulée par Darwin, qui est centrée sur l'aptitude à reproduire des avantages hérités génétiquement.  

Les tenants de cette une idéologie ont donné à la théorie de Darwin une amplification sociologique et politico-économique, terrain sur lequel il ne s'est pas aventuré. Il s'est, d'ailleurs, élevé avec force contre une interprétation erronée de sa pensée.

Cette extrapolation pseudo-évolutionniste donc, affirme que la lutte pour la vie entre les hommes est l'état naturel des relations sociales. 

Selon ses théoriciens, la compétition féroce est la seule source du progrès. Ils préconisent "de supprimer les institutions et comportements qui font obstacle à l'expression de la lutte pour l’existence et à la sélection naturelle, lutte qui aboutit à l’élimination des moins aptes et à la survie des plus aptes"

Ils vont même jusqu'à promouvoir l'élimination systématique des moins "aptes". Par "aptes", entendez : capables de l'emporter dans cette compétition, en se comportant en sérial killers, champions de la loi du plus fort.

Mais la loi du plus fort n'a jamais fait partie de la théorie de la sélection naturelle. Pour Darwin, ce sont les instincts sociaux qui ont permis la formidable expansion de Sapiens...

Aujourd'hui,
2% des humains détiennent 50% du patrimoine mondial.
50% des humains n’en possèdent que 1%.
 
Tirons quelques leçons de l'Histoire.

Les dinosaures ont disparu il y a 65 millions d'années, écrasés par leur taille gigantesque et par la quantité monstrueuse de nourriture qu'il leur fallait ingurgiter. Ils ont été remplacés, lors d'un bouleversement de leur environnement, par un mammifère pas plus gros qu'un rat, inventif, dégourdi et moins vorace, "Purgatorius", qui était notre arrière-arrière-grand-père.

La fine fleur de nos sociétés développées, emblématique des plus "aptes", privilégie une logique de quantité à tout-va et à court terme, sans voir plus loin que le bout de son nez.
       
Et si ce comportement boulimique la conduisait à suivre le même chemin que les dinosaures ?