samedi 30 juillet 2016

Le faiseur de pluie




L’œil de la mouche : rechercher l'harmonie

Cette histoire est issue d'un fait réel. Le psychiatre Carl Gustav Jung avait demandé à ses élèves de commencer toutes leurs conférences par celle-ci. Richard Wilhelm, dont il est question, est un sinologue, ami de Jung.

« Il y eut une grande sécheresse dans la ville où Richard Wilhelm séjournait. Pendant des mois, il ne tomba pas une goutte de pluie et la situation devint catastrophique. Les catholiques firent des processions, les protestants firent des prières, et les chinois brûlèrent des bâtons d’encens et tirèrent des coups de fusil pour effrayer les démons de la sécheresse. Finalement, les chinois se dirent : « Allons chercher le faiseur de pluie », et celui-ci vint de l’une des provinces.

C’était un vieil homme émacié. Il dit que la seule chose qu’il souhaitait était qu’on mette à disposition une petite maison tranquille, et il s’y enferma pendant trois jours. Le quatrième jour, des nuages s’amoncelèrent, et il se produisit une forte chute de neige, à une époque de l’année où aucune neige n’était prévisible, et en quantité inhabituelle. Tant de rumeurs circulèrent au sujet de cet extraordinaire faiseur de pluie que Wilhelm alla voir l’homme, et lui demanda comment il avait fait.

En vrai européen, il dit : « Ils vous appellent le faiseur de pluie, pouvez-vous me dire comment vous avez produit de la neige ? Le petit chinois répondit : je n’ai pas fait la neige, je n’en suis pas responsable. »

« -Mais qu’avez-vous fait durant les trois jours ? »

« - Oh, cela, je puis vous l’expliquer. C’est simple. Je viens d’un pays où les choses sont ce qu’elles doivent être. Ici les choses ne sont pas dans l’ordre ; elles ne sont pas comme elles devraient être d’après l’ordre céleste, aussi le pays tout entier est-il hors du Tao. Je n’étais pas non plus dans l’ordre naturel des choses, parce que j’étais dans un pays qui n’était pas dans l’ordre. Aussi la seule chose que j’avais à faire était d’attendre trois jours jusqu’à ce que je me retrouve en Tao, et alors, naturellement, le Tao fit la neige. »


lundi 18 juillet 2016

Catastrophe au royaume des taupes





 L'ingénu en Gaule : un peu de sémiologie politique.



Une déclaration péremptoire du ministre de la Justice
« Quand on est ministre, on parle au présent, on agit, on ne pense pas au futur ».

« On ne pense pas au futur ».
Comme la taupe, qui creuse devant elle sans voir plus loin que le bout de son nez.

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Nous sommes en guerre, disent-ils...

Pour prévenir les guerres et leurs cortèges de malheurs, la technologie ne suffit pas, il faut y adjoindre l'imagination, l'anticipation et la réflexion.

  Penser au futur c'est « pré-voir », même l'imprévisible et l'improbable.

Penser au futur, c'est connaître son ennemi
 et se connaître soi-même, pour anticiper et éviter la boucle infernale de la violence mimétique.

Penser au futur, ce n'est pas jouer les matamores sur la scène internationale sous la bannière de l'axe du Bien ou celle des richesses à piller.

Penser au futur, ce n'est pas vendre des armes à tous les allumés de la terre pour engranger un point de PIB.

Penser au futur, ce n'est pas fêter le 14 juillet, fête de la liberté, en défilant derrière des tanks et des machines à tuer.
 
Penser au futur, c'est travailler à transmettre, à tous nos enfants, la force des symboles qui nous relient les uns aux autres.
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 « Celui qui excelle à résoudre les difficultés, le fait avant qu'elles ne surviennent ».
Sun tzu.
L'art de la guerre.




jeudi 14 juillet 2016

Vacances...


Je vous souhaite un bel été,
 si possible loin du bruit, de la fureur, des réseaux, des médias et des soucis...

Bonnes vacances à tous !

dimanche 10 juillet 2016

Que dit le merle moqueur ?

Remue-méninges : le langage des oiseaux


Avez-vous déjà écouté - mais vraiment écouté et non pas simplement « entendu » - le chant du merle ?

Il est presque possible de comprendre ce qu’il dit. Il exprime par ses modulations toutes les nuances d'un langage : affirmation, interrogation, indignation, exaspération, exclamation, déclaration, invitation, jubilation, déception, tout y est et en l’écoutant, nous sommes toujours à deux doigts de le comprendre. Presque… 

Les ornithologues ont répertorié le chant de parade nuptiale, le chant du territoire, le cri d’alerte, etc. Mais je n’ai pas trouvé d’explication à l’évolution de son chant, au cours de la saison qui va de décembre à septembre.

De décembre à juin, la créativité règne. Roulades, sifflements, trilles toujours différentes, le béjaune invente la joie de dire, il se laisse aller à babiller la vie avec allégresse, il exprime toute son énergie en explosions de fantaisies débridées, à tue-tête et à gosier déployé. Il ne dit jamais deux fois la même chose, son discours est toujours inédit.

Puis soudain, il passe un cap (cette année, à Paris, c'était le 5 juillet, je ne sais pas s'il y a des variantes locales). En devenant un adulte posé et pesant, chargé de famille et de responsabilités, il adopte et imite un discours normé, conventionnel, à séquences redondantes et à la syntaxe cohérente mais qui ne laisse aucune place à l’improvisation. Il s’embourgeoise, il s’installe dans le conformisme, il laisse de côté les fantaisies de sa jeunesse. Écrasé par les soucis, il n’invente plus, il ne dit plus, il redit, il radote un peu. Il a sélectionné quelques thèmes qui reviennent sans cesse, son expression s’est appauvrie, son horizon s’est étréci.

Bon, nous aussi, tout compte fait.

Mais s'il y a des similitudes entre l’évolution langagière du merle et la nôtre, il y a pourtant une différence de taille : nous sommes capables de découvrir et d’inventer tout au long de notre vie. Là où l'instinct dicte le discours du merle, nous avons une caractéristique qu’on appelle la néoténie et qui tient au fait que le petit humain nait toujours prématuré, car son cerveau, mené à terme, serait trop gros pour permettre l’accouchement. Il continue de se développer dans la matrice familiale et sociale et c’est la culture qui prend le pas sur l’instinct. Nous conservons donc des caractéristiques de l’enfance, au moins pour ce qui concerne notre aptitude souple à apprendre et à créer. Nous échappons ainsi à l’évolution stéréotypée et à la fatalité d'un développement programmé.

Si nous ne cédons pas à la pression des normes sociales, si nous ne devenons pas des adultes résignés à tomber dans l’amidon comme le financier du Petit Prince, cet homme sérieux qui n'avait pas de temps à consacrer aux étoiles et aux roses, alors l’invention et la curiosité restent toujours possibles...

Écoutez :

dimanche 3 juillet 2016

Raison, intuition, affectivité





Remue-méninges : sommes-nous devenus hémiplégiques ?


Les succès de la science
Les sciences exactes s’appuient sur la logique formelle et rationnelle, celle du tiers exclu (A n’est pas non-A, un  fait est ou n’est pas, il est vrai ou faux).

En explorant objectivement et expérimentalement la matière et la biologie humaine à partir de ce mode de structuration cognitive, elles ont développé des outils de compréhension et de maîtrise sur l’environnement matériel qui ont considérablement accru notre qualité de vie.

Ces prouesses ont renforcé la certitude que leurs disciplines recouvraient tout le champ de la réalité. La physique, la biologie et toutes les technologies sont les sciences qui détiennent le pouvoir impérial de dire le dernier mot sur « tout ce qui est », psychisme humain compris.

Pour explorer la réalité, elles s’appuient sur une forme d’intelligence logique, mathématique et rationnelle, forme d’intelligence qui est privilégiée aujourd’hui, depuis l’école maternelle et tous les apprentissages, jusqu’à l’insertion professionnelle, en passant par les pratiques économiques, la géopolitique et les choix de société. C’est principalement elle qui est mesurée par les tests de QI et qui détermine nos orientations, notre vision du monde, nos choix de vie et la sélection de nos élites. Hors d’elle, point de salut.


Les limites de la rationalité
Les occidentaux ont exploré le monde matériel sur le mode de cette logique contradictoire, avec des succès scientifiques et technologiques foudroyants, mais cette approche se heurte aujourd’hui aux paradoxes de la mécanique quantique, la physique de l’infiniment petit, qui recherche ce qui se cache au fond de la matière : ses éléments fondamentaux sont à la fois onde et particule, on ne peut mesurer à la fois leur vitesse et leur position, ils n'ont qu'une probabilité d'existence, les particules élémentaires restent en corrélation avec toutes les autres particules d’une manière impossible à comprendre et qui viole les lois de la physique classique, elles ont besoin, pour apparaître, d’une interaction avec la conscience humaine par le truchement d’un appareil de mesure macrophysique, mesure qui provoque l’effondrement de la fonction d’onde et défait, de manière totalement incompréhensible, l'incompréhensible indétermination onde-particule.

Avec la mécanique quantique, la rationalité atteint ses limites et au fond de la matière, (à supposer que la matière ait un fond) apparaît l'univers étrange d'Alice au pays des merveilles...


Les mots pour dire l'humain
La logique du tiers exclu est intimement liée à nos langages d’occidentaux qui reflètent ou induisent notre représentation du monde. La langue chinoise, contrairement aux nôtres, se fonde sur l’intuition d’un « tout » dont les forces, en interaction, ne sont pas contradictoires mais complémentaires.

Les philosophies orientales  (hindouisme, bouddhisme et taoïsme) ont privilégié d’autres formes d’intelligence : holisme, non séparabilité, logique du tiers inclus pour laquelle il n’y a pas de contradiction irréductible entre des opposés mais complémentarité dynamique, acceptation des limites du savoir rationnel et du langage, (« le Tao qui peut être nommé n’est pas le Tao ») conscience participante d'un flux mouvant de changement créatif. Nous situons l'intelligence dans le cerveau, ils la situent dans le cœur, le ventre ou tout au long de l'épine dorsale...


L'intelligence logique et rationnelle est-elle la seule forme d’intelligence ? N’avons-nous pas hypertrophié une approche objective du monde qui laisse de côté et ignore superbement d’autres manières de l'appréhender ?

En privilégiant exclusivement l’intellect logique et rationnel qui catégorise, analyse, manipule et fragmente les domaines de connaissance, nous avons développé ce mode de structuration cognitive au détriment de l’intelligence intuitive et affective. Nous avons exploré objectivement le monde (corps et esprit humains compris), et ignoré la conscience, la subjectivité, l’intelligence existentielle et émotionnelle, l’empathie, la sympathie et l’intuition, dimensions auxquelles l'intelligence artificielle ne pourra jamais accéder puisqu'elle a été conçue par une projection de notre rationalité et de notre logique computationnelle qui met le monde matériel à distance de l'observateur pour mieux le maîtriser.

Or la réalité peut être perçue comme l'envers et l'endroit d'une même tapisserie. Si elle est extérieure à nous,  à portée de main (manipulable), elle est aussi en nous, intériorité hors d'atteinte d'autrui et accessible uniquement par la conscience intuitive, par la sympathie et l'empathie.

L'intuition est un mode de perception mystérieux qu'on suppose en relation avec l’inconscient, instance dans laquelle on peut mettre tout ce qu’on veut, depuis l’inconscient biologique jusqu’à l’inconscient collectif, en passant par l’inconscient freudien ou lacanien.

Personne ne sait exactement ce qu'est l'intuition, ce mode de perception. Tout ce qu'on peut en dire est qu'elle nous fait entrer en résonance avec nous-mêmes et avec le monde, d’une manière globale, fulgurante, instantanée, non logique et non rationnelle.

Si nous raisonnions un peu moins unilatéralement en logique du tiers exclu, nous tenterions de relier (« intelligere » signifie étymologiquement lier ensemble, relier) la pensée logique et rationnelle à l’affectivité et à l’intuition dans notre aperception du monde, sans faire l'impasse sur une bonne moitié de nos capacités. 


Cette manière d'appréhender le monde nous éviterait de devenir quasi hémiplégiques et de nous couper radicalement de dimensions essentielles à notre relation aux autres (semblables et différents), au monde (dont nous faisons partie, jusqu'aux atomes qui nous constituent, aussi vieux que l'univers), à notre vie intérieure et à la subjectivité, (dont la présence reste une énigme)… 

Cela nous permettrait de nous développer plus harmonieusement et ne pas nous déployer de façon unilatérale et toxique, avec les conséquences que nous pouvons constater : crise du sens, effondrement de l'éthique, harcèlement et burnouts, avidité compulsive de richesses, compétition forcenée, frénésie de consommation futile et stérile, massacres de masse, crises financières, délinquance et corruption à tous les niveaux, destruction accélérée de la biosphère et empoisonnement de la terre, de l'air et de l'eau... attitudes qui ont toutes pour point commun un comportement de prédation au service du désir boulimique et tout-puissant d'emprise sur les choses et sur les humains, transformés en objets.


« Le mental intuitif est un don sacré et le mental rationnel est un serviteur fidèle. 
Nous avons créé une société qui honore le serviteur et a oublié le don. »
 Einstein