mardi 29 novembre 2016

L'enfance oubliée et retrouvée







L’œil de la mouche : « Igor à l'étroit »

Jean-Baptiste Veber est enseignant, bloggeur (voir son blog Du matin et du soir, dans lequel il raconte, entre autres, sa vie de prof) et écrivain. Il a publié son premier roman « Ragots de lapins » il y a un an. Et dans la foulée, il vient de publier son deuxième roman, « Igor à l’étroit », .

 « Igor à l’étroit » : ce qui m’avait plu dans le premier roman, l’originalité du récit, la plasticité de l'écriture, l’effacement de l’auteur qui laisse en contact direct le lecteur et les personnages, je l'ai retrouvé ici. Il est étonnant qu’un jeune écrivain sache aussi bien mettre son égo en retrait. C’est une attitude rare et un grand talent d’écriture et d'écoute que de réussir à se faire oublier.

Pas d’effets de style qui valorisent l’auteur et qui attirent l’attention sur sa virtuosité, mais au contraire, grâce à son humilité et à son empathie, immersion immédiate dans la vie intérieure des personnages. Le lecteur est happé par ce qu’ils ressentent, sans effort, sans le truchement visible du narrateur.

« Igor à l’étroit » nous met en relation avec la vie intérieure d’un enfant, depuis la vie intra-utérine jusqu’à l’adolescence. Le thème, déjà, est original : qui de nous se souvient de ces deux ou trois premières années pendant lesquelles nous étions encore en devenir et encore dans les limbes ? Cette période de sensations, de perceptions, d'émotions brutes et chaotiques, les premières mises en forme rassurantes de ce chaos par le nouveau-né ?

Le tour de force de ce roman est de nous faire redécouvrir, sans théorisation, mais par résonance directe, ce que nous avons oublié de notre petite enfance : les terreurs, les bonheurs, les premières interrogations sur le monde bizarre des adultes et la découverte des relations affectives, l’acquisition du langage et la découverte de l’altérité sans laquelle ce langage n’est pas possible.

La personnalité d’Igor se forme peu à peu grâce aux relations qu’il noue avec son entourage. Mais déjà, de grandes tendances, encore en devenir, sont présentes : c’est un observateur, il dévore le monde par les yeux, il préfère la contemplation de l’infinie et fascinante variété des hommes et des choses à l’action, à l’agitation. Il veut passionnément voir et comprendre.

Tous ceux qui s'occupent d'enfants savent bien qu'ils ont des attitudes différentes, dès la naissance : le rêveur, le goulu rageur, le nerveux, le tonique et le placide... Les tendances potentielles sont déjà là, qui seront ensuite modelées, développées ou inhibées par les échanges avec les différents milieux dans lesquels l’enfant évoluera. Peut-être ces tendances sont-elles innées, peut-être sont-elles le résultat d’une interaction intra-utérine avec le monde extérieur, via les émotions de la mère, peut-être sont-elles dues à une combinaison de plusieurs facteurs ?

C’est autour de ces orientations de base, enrichies ou bloquées par les découvertes, les relations et les expériences, qu’Igor construira son image du monde et inventera le reste de sa vie.


Un extrait 
Igor à l'étroit... avant la naissance

« Il se sentait à l’étroit. Il était lassé par la nourriture monotone. Il s’ennuyait dans la contemplation des recoins de sa bicoque. Les manchons fleuris de ses bras se crispaient d’impatience. Il les envoyait buter contre les parois de sa cellule et ses jambes bourrelées piétinaient la matière dans laquelle il se trouvait envasé.

Des bruits de toute sorte excitaient sa curiosité. Souvent, une mélodie douce berçait ses oreilles. Parfois, elle apaisait son énervement. Lorsqu’elle cessait, il essayait de la reproduire. Il ressentait alors un chatouillis dans la gorge et entendait circuler  un son agréable dans sa cavité. Des heures durant, il filait cette mélodie pour égayer sa morosité. Il était mélancolique, même s’il ne pouvait encore le savoir ; déjà, il ressentait ce sentiment qui consume les entrailles des éternels insatisfaits. Il était insatiable, même s’il ne pouvait encore le soupçonner ; car dans son doux logis, apprêté à merveille pour lui, il n’éprouvait que frustration et enfermement.

L’envie poignante de crever sa carapace, de passer par-delà la voûte du monde connu, l’habitait. Par elle, il était attiré comme l’amour par la beauté. Même s’il ne pouvait encore le supposer, ce désir était partagé en lui entre un besoin d’épanouissement et une volonté de destruction. Il voulait découvrir l’inconnu, ce qui nécessitait de s’affranchir de ses entraves de chair. Même s’il ne pouvait encore l’imaginer, son envie était celle de la liberté, du ciel immaculé. »

« Le style est l'homme même » 
Buffon


Pour lire « Igor à l’étroit »
C'est ici 
Ou ici 



vendredi 25 novembre 2016

Un remède de cheval




L'ingénu en Gaule : l'austérité, un remède très efficace contre la récession...


Soigner un malade atteint de dysenterie à l’aide de purges et de saignées, c’est ce que faisaient les médecins de Molière, expédiant ainsi, bien proprement, leurs patients dans l'autre monde. 


Quand il n'y a plus de malades, la maladie est vaincue,
 c'est clair...




mardi 22 novembre 2016

L'appât du gain et les faiseurs de rois





L’œil de la mouche : Hold-up médiatique.


Les médias américains battent leur coulpe : obnubilés par l'audimat et les recettes publicitaires, coupés du pays profond et isolés dans leur bulle, il disent ne pas avoir vu venir le phénomène Trump.

Ont-ils vraiment été aveugles ou ont-ils vendu leur âme pour une poignée de dollars ? Donald Trump et ses excès mobilisait très bien le temps de cerveau disponible des électeurs et les recettes publicitaires se sont envolées vers des sommets inédits.

En mettant en scène des combats de gladiateurs politiques qui font appel au cerveau limbique des électeurs, les médias et les réseaux sociaux américains ont contribué fortement à promouvoir un ersatz de Spartacus.

Un ersatz, car contrairement à Spartacus, le vainqueur de cette élection étonnante ne souhaite pas du tout changer le système. Il s'entoure de personnages issus de ce système, peu désireux de partager le gâteau, mais très désireux d'en accaparer, pour eux et ceux de leur clan, un plus gros morceau. Business as usual...


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« Les médias ont des excuses. Le phénomène Trump a consacré l'irruption brutale de la télé-réalité et de ses codes dans le monde politique. Mais ce n'est pas tout à fait une surprise.

Dès 1961, l'historien Daniel J. Boorstin avait dénoncé la « fabrique d'illusions », une théorie selon laquelle « nous nous habituons à nos illusions que nous prenons pour la réalité ». 

En 1980, le politologue Michael Robinson avait inventé le terme de « médialités » pour décrire les développements ou situations « auxquels les médias donnent de l'importance en les accentuant, les soulignant ou les mettant en scène d'une façon telle que leur signification est modifiée, déformée ou obscurcie ».

Lisez l’article complet, très intéressant, ci-dessous
http://teleobs.nouvelobs.com/actualites/20161115.OBS1196/donald-trump-recit-d-un-hold-up-mediatique.html

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Et en France ?

 Les médias et les instituts de sondage « vont de surprise en surprise ».