lundi 13 mars 2017

Comment tuer la poule aux oeufs d'or




Billet d'humeur 
Cette nouvelle interface LinkedIn, elle vous plaît ?


J’aimais bien LinkedIn.
  • J’y trouvais des informations d’une bonne tenue et pertinentes, à l'exception de quelques figures politiques venant y lustrer leur poil et leur marque personnelle, persuadés d'être à leur place dans un réseau professionnel, puisque la politique est un job comme un autre. Après tout, pourquoi pas, ils sont bien rémunérés pour leur travail, non ? Non. Ils sont mal rémunérés, paraît-il. Passons...  
  • J’y trouvais des contributions intéressantes qui permettaient de découvrir des horizons et des métiers très divers, très peu de trolls, des groupes de discussion variés et animés, avec des échanges et des contacts nouveaux que j’appréciais beaucoup et la rencontre de personnes que je n’aurais jamais pu avoir professionnellement dans la « vraie vie ». Mon champ d’activité étant en rapport avec les sciences humaines, tout m’intéressait.
  • J’y trouvais des dialogues enrichissants, une créativité dense, foisonnante et un peu pagailleuse, comme la vie, de l’humour souvent, des réflexions intéressantes, originales et parfois passionnantes.

J’ai employé l’imparfait : 
« J’aimais » et « J’y trouvais ».
 Ce n’est plus le cas.

A la lecture de la nouvelle interface,
 je suis plombée par l’ennui.

  • La charte graphique est très cadrée, peu en rapport avec celle d’un réseau d’échanges d'informations : la navigation entre les pages s'apparente à un jeu de piste et les rubriques de l'interface précédente sont dispersées ou ont disparu. Le profil est aussi normé, aussi squelettique que le sacro-saint CV sur une page et tout aussi insipide. La taille réduite de la police, les photos géantes, uniformément cadrées, détournent l'attention du contenu.  Bref, c'est propre et élégant, mais ce n'est plus un lieu d'échanges vivants
Conclusion : LinkedIn standardise les utilisateurs et les borde au carré, sans le dire.
  • L'information est de moins en moins en réseau et de plus en plus descendante. Les groupes de discussion sont passés à la trappe et sont placardisés. Il faut aller les chercher un par un, car les publications ne peuvent plus être partagées à partir de la page d'accueil. Les discussions de groupes n'apparaissent plus, ni sur le fil d'actualité ni sur la page d'activité, cachée dans le profil. Beaucoup de groupes sont en sommeil depuis le lancement de la nouvelle interface. Les contributeurs sont découragés par la difficulté d'accéder aux discussions et sont incités à ne publier que sur la page d'accueil. L'obsolescence des groupes est bel et bien programmée.
Conclusion : LinkedIn assèche les échanges entre les utilisateurs, sans le dire.
  • Les notifications affichent les mêmes informations plusieurs fois de suite, comme si elles étaient nouvelles. Les réactions le plus souvent mentionnées sont celles à coloration fortement émotionnelle ou qui apportent peu de contenu réfléchi ajouté. (La « Post vérité » a-t-elle encore frappé ?)
Conclusion : LinkedIn s'assure du temps de cerveau disponible des utilisateurs, sans le dire.
  • Le fil d’actualité est truffé d’offres « personnalisées » totalement surréalistes et semées à tous vents, sans aucun discernement. La publicité B2B et B2C des entreprises est à peine masquée et insérée dans le contenu du fil, sous la forme de sponsoring et de suggestions (une manière astucieuse de contourner Adblock  ?)
Conclusion : LinkedIn monnaie les données des utilisateurs, sans le dire.


En résumé, avec le souci affiché d'améliorer la fameuse et impayable « expérience utilisateur » et avec l'intention non avouée de doper la rentabilité de ses data, il semble que LinkedIn ait entrepris de normaliser les dits utilisateurs, afin qu’ils ne partent pas dans tous les sens et qu’ils soient plus facilement exploitables. Et c'est un algorithme secret qui fait le travail de Procuste.*

LinkedIn a peut-être oublié que les utilisateurs ne sont pas des data, ni des « produits ». Contrairement aux data et aux produits, ils ne sont pas captifs, ils sont vivants et mobiles.


 Si on se met en tête de les formater,
 ils s'en iront ailleurs.

Et s'ils s'en vont, adieu le produit...



*« Procuste, aubergiste et brigand de la mythologie grecque, contraignait les voyageurs à se jeter sur un lit. Il coupait les membres trop grands qui dépassaient du lit et étirait les pieds de ceux qui étaient trop petits.
Procuste est devenu le symbole du conformisme et de l'uniformisation. On parle couramment de « lit de Procuste » pour désigner toute tentative de réduire les hommes à un seul modèle, une seule façon de penser ou d'agir. »

https://fr.wikipedia.org/wiki/Procuste



7 commentaires:

  1. Bonjour Monique
    Hélas, tout est dit!
    Les groupes de discussion -en particulier celui du bon usage de la langue française- sont moribonds, probablement pas assez rentables.
    Je ne connaissais pas Procuste. Je n'irai plus me coucher sans frémir.
    Bien amicalement

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  2. J'ai lu avec beaucoup d'intérêt votre billet, que j'ai trouvé remarquable sur le fond comme sur la forme. C'est suffisamment rare pour que j'aie eu envie de vous l'exprimer.Vous m'avez rendue attentive à une évolution qui m'avait tout à fait échappé, n'étant pas une utilisatrice très active de Linked'in, dont l'intérêt majeur réside pour moi justement dans ces groupes, dont j'ignorais qu'ils étaient voués à disparaître. Merci pour votre décryptage!

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  3. Je souscris tout à fait à ce qu'écrit Nath et bien entendu à votre billet tout à fait pertinent.

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  4. Nath et Sylvie, merci pour ces gentils commentaires... Xavier, les groupes retrouvent un peu de couleurs (depuis aujourd'hui), il ne manque plus que vous !)

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  5. Hervé Clémence16 mars 2017 à 18:42

    Le plus navrant dans cet espace aseptisé, c'est qu'il n'est plus possible de s'ouvrir vers d'autres personnes ou univers, de découvrir d'autres voies et pourquoi pas d'envisager une nouvelle orientation. Je m'intéressais aux débouchés professionnels possibles, je ne peux que constater l'ineptie des offres qui me sont faites et qui n'ont aucun rapport avec mes activités tant privées que professionnelles. Peut-être est-ce de l'autodestruction programmée.

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  6. Comme vous tous, je déplore la nouvelle formule de ce site et ne m'y retrouve plus. Pour le surplus, j'ai les mêmes commentaires à faire qu'Hervé Clémence en termes d'offres professionnelles inadéquates.

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  7. Je partage vos avis et suis assez déroutée par cette nouvelle version. On veut nous faire rentrer tous dans des cases, au secours :)! Par ailleurs, j'ai l'impression que ce nouveau LinkedIn a été mis en place du jour au lendemain sans avertissement à l'utilisateur, non ?

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