dimanche 5 novembre 2017

Etes-vous empathique, sympathique ?



Remue-méninges : « Ce satané facteur humain » (III)
l’empathie et la sympathie



L'aptitude à percevoir les émotions des autres, que nous reconnaissons parce qu'elles font écho en nous, est probablement inscrite, depuis la nuit des temps, dans notre histoire d'homininés. Les scientifiques l’attribuent aux neurones miroirs, dont certains animaux seraient aussi pourvus. Si elle s’est inscrite dans l'appareil neuronal, c'est probablement que l'évolution l'a sélectionnée parce qu’elle favorisait la survie et le développement...

On classe dans la même catégorie empathie et sympathie, qui sont pourtant deux faces différentes de la même force de résonance. L’empathie en est son mode récepteur : les émotions vont de l’autre vers soi, nous captons ses états d’âme et nous vibrons à l’unisson car nous les relions aux nôtres. La sympathie, qui va de soi vers l’autre, en est le mode rayonnant et émetteur et, en général, l’une ne va pas sans l’autre.  Il existe pourtant des personnes, très réceptives et empathiques mais freinées dans leur expression, qui ne dégagent pas de chaleur évidente et spontanée et qui ne sont généralement pas qualifiées de « sympas », ou d'autres encore, en apparence ouvertes et chaleureuses, mais sourdes aux émotions d'autrui et uniquement préoccupées de lustrer leur égo dans le sens du poil.

L'empathie et la sympathie nous relient émotionnellement et affectivement les uns aux autres et nous influencent, pour le meilleur ou pour le pire. Le meilleur est évident, sans ce lien aux autres, nous ne serions que des sauvageons, des enfants sauvages, des enfants-loups... ou des robots-crétins. Pour le pire, ces dispositions de résonance peuvent générer une  contagion mimétique, qui fait, des foules, le terrain d'emprise de toutes les dictatures et des manipulations politiques, économiques ou médiatiques. Il n'y a rien de plus dangereux qu'une population animée par des turbulences émotionnelles aveugles.

Pour le pire encore, cette résonance mimétique, sans le filtre cognitif de la différenciation et de la conscience réfléchie, peut gangréner toute la société quand elle permet, dans un silence de connivence généralisée, les comportements toxiques, considérés comme acceptables, de certains détenteurs d'un pouvoir quelconque. Un consensus sociétal silencieux, une sorte d'omerta, peut engendrer chez les victimes, en dédouanant les agresseurs de toute responsabilité, l'équivalent du syndrome de Stockholm : l'identification à l'agresseur, ou bien la honte, l'acceptation ou la soumission.  Il faut beaucoup de courage pour s'y opposer.

C'est ici que le recul, la réflexion critique et l'éthique doivent jouer leur rôle de vigiles et que la conscience réfléchie peut dépasser, englober et secondariser les réactions, qu'elles soient de prédation ou de soumission.

À la racine de l'éthique, il y a cette prise de conscience qu'un être humain n'est pas un objet. Il est le sujet du verbe être et chaque sujet est à la fois unique et différent, mais aussi semblable aux autres, dont il partage les aspirations, les désirs et les craintes.

L'intelligence artificielle est, et sera toujours, dépourvue d'intuition, d'empathie et de sympathie. Elle peut améliorer les aptitudes rationnelles, computationnelles, mais elle ne pourra jamais se substituer aux humains, car ces dimensions de résonance ne peuvent pas lui appartenir : elles signent l'appartenance à la communauté humaine. Dans les mains d'une poignée de décideurs tout-puissants, dépourvus d'empathie, l'IA ne pourra que soumettre les hommes à une servitude volontaire, s'ils acceptent de s'amputer de leur dimension de résonance et se persuadent eux-mêmes qu'ils ne sont que des objets numérisables et des particules quantifiables... 


À suivre avec 
La bienveillance et son contraire





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