samedi 10 février 2018

Gros poissons, petits poissons...




L’ingénu en Gaule : la route est barrée, sommes-nous mal barrés ?


Les salaires augmentent ?
Voilà la bourse qui s’effondre.

Des plans de licenciements massifs ?
 Voilà la bourse qui s’enthousiasme, remonte en flèche et atteint des sommets.

Déduction : la bourse fait ses choux gras du chômage et des bas salaires.
La recherche de l'intérêt personnel ne concourt donc pas du tout à l'intérêt général,
 contrairement à ce que prétendait *Adam Smith dans
 "La richesse des Nations".

Pour la main invisible des marchés,
crispée sur son portefeuille (et sur le nôtre),
 il n'est pas question de « théorie du ruissellement  ».


Il faudrait sérieusement envisager de ne plus faire d'Adam Smith un oracle...







dimanche 28 janvier 2018

D'où provient la confiance en soi ?




Remue-méninges
Le jour où je me suis rencontrée...

Après avoir écrit ce billet, j'ai découvert, sur Internet, que quelqu'un avait publié un livre en utilisant cette phrase en guise de titre.
 Ce n'est pas un plagiat, c'est une coïncidence.
 Je garde ce billet car, si le titre est identique à celui du livre, le sujet en est totalement différent.

https://www.fnac.com/livre-numerique/a7874931/Valerie-Mostade-Le-jour-ou-je-me-suis-rencontree



Parfois nous nous trouvons à un carrefour de vie, hésitant entre plusieurs routes à prendre, ne sachant pas où elles pourraient nous mener. Ce sont des moments difficiles : « Et si je me trompais ? » « Et si c’était une impasse ? » « Et si je faisais un mauvais choix ? »

C’est là que notre boussole intérieure, celle qui nous conduit toute notre vie mais dont nous ne sommes pas toujours conscients, devient indispensable. Elle ne nous assurera pas de la réussite mais elle nous indiquera quelle direction prendre pour être en accord avec nous-mêmes et avec les autres, dans nos choix personnels et professionnels. C’est la pierre de touche, l’étoile polaire de notre plus profonde intégrité et le lien le plus fort entre le monde et nous. 

Nous vivons une époque extraordinaire. Dans l’histoire de l’humanité c’est la première fois que des milliards d’êtres humains, connectés entre eux, ont accès à tout le savoir présent et passé et peuvent être informés, en temps réel, de tout ce qui se passe sur la planète, dans le système solaire, dans la galaxie, dans l’univers… C’est un bouleversement énorme, il nous bouscule furieusement et nous désoriente : comment ne pas être submergés, fascinés par cette abondance ? Comment ne pas succomber à la tentation d’être branchés, en permanence, sur cet immense réservoir d'informations et de relations qui alimente notre curiosité et qui nous influence ? Mais aussi, comment éviter le risque d’être aliénés, de nous tourner le dos, de nous perdre de vue en ayant le regard constamment fixé sur l’extérieur ou en étant obnubilés par le regard d'autrui sur notre « personal branding », ce masque social, cet avatar maquillé de nous-mêmes ?

C'est un phénomène qui s'accentue. Happés et désorientés par des informations en continu, souvent spectaculaires et montées en épingle par les médias, nous sommes en passe d'oublier que nous avons un pays intérieur, tellement évident et intime que nous n'y prêtons pas beaucoup d'attention.

Pourtant, notre boussole nous indique les points de convergence  magnétiques entre le monde extérieur et ce pays subjectif. À quoi ressemble-t-il ? Il est unique et il nous appartient en propre. Nous savons que nous y sommes chez nous. Il est impossible de le confondre avec un autre, il a son son climat, sa géographie, ses couleurs, son parfum.

Il y a longtemps, à un moment de ma vie où mes repères étaient sens dessus-dessous, j’ai découvert le mien et depuis, il est toujours présent, en toile de fond. Je sais, quand la vie me chahute, quand j’ai un choix à faire ou une décision difficile à prendre, quand des événements, des conflits ou des humeurs me perturbent, si je suis sur la bonne voie ou si je suis en train de perdre le sens de l’essentiel.

En vacances, j’ai découvert le Périgord noir. Je n’y étais jamais allée et il m’est arrivé quelque chose d’assez extraordinaire. Dépotée et rempotée dans ma vie je ne sais combien de fois, sans beaucoup de racines, tout à coup, entre la Vézère et Sarlat, je me suis sentie chez moi. Rien ne me préparait à ce sentiment de total bien-être, à cet accord profond, à cette harmonie qui coulait de source, à cette résonance émerveillée et sans effort avec un lieu et une atmosphère. Je l’ai vécue sans me poser de questions, ce n’est qu’ensuite que je me suis demandé ce que j’avais trouvé là et ce que cela signifiait.

Cela signifiait une correspondance étroite entre mon pays intérieur et ce lieu, comme si ce pays, dont je n’avais conscience que sous la forme d’une vague aspiration, se concrétisait dans un paysage et une atmosphère pour se donner à voir.

La lumière. Une lumière dorée, douce, à peine voilée par l’humidité, en harmonie avec la blondeur des pierres, la sève des arbres, la luxuriance de l’herbe, les vallons et les collines. Le ruban argenté et calme, vu de loin, de la Dordogne, l’odeur des feux de bois, l’abondance des marchés en plein air, les maisons, solides et élégantes avec leur pigeonniers, qui semblent organiques, comme si elles n’avaient pas été construites mais qu’elles aient poussé, spontanément, de la terre qui les engendre. Les vieilles maisons de Sarlat serrées les unes contre les autres et les étroites rues pavées, où, si je croyais à la métempsychose, je penserais avoir déjà vécu.

Cette lumière est très différente de la lumière du Sud que je connaissais et qui est une lumière dure, éblouissante, découpant au laser la silhouette des hommes, des choses et des reliefs de la terre rocailleuse, ne laissant rien dans l’ombre, la grande lumière intellectuelle de la Grèce antique que je pensais jusque-là être mon seul climat.

Et j'ai trouvé aussi la profondeur de la durée au fond des grottes préhistoriques. Dans celle des Trois frères, la trace émouvante de ces mains teintes en rouge, sur lesquelles j’aurais pu poser la mienne, dépositaire d'un héritage de 20000 ans, me mettant en contact avec l’homme, la femme ou l’enfant qui avait vécu ici, aimé, espéré, rêvé et laissé son empreinte sur la paroi rocheuse.

Je ne vis pas en Périgord mais il vit en moi, c'est mon pays intérieur. Être reliée aux hommes en ce qu’ils ont d’essentiel, leur humanité, leur histoire, au-delà des différences et du temps, chercher à comprendre sans rien brusquer, laisser dans la pénombre ce qui n’est pas prêt à naître, la bibliothèque de Montaigne dans une pièce ronde, la présence des proches, les rires des enfants et le chant des oiseaux dans le jardin, les légumes du marché dans la cuisine où les repas sont préparés en commun, l’odeur des cèpes frais cueillis et celle de la glycine… Ce pays est parfois caché par les nécessités quotidiennes de la vie mais c'est celui vers lequel je me tourne quand le monde me semble devenir fou, trop violent ou trop envahissant. Et quand j’y reviens, je sais à quelles sollicitations extérieures, qu’elles viennent des hommes ou des choses, je dois dire oui et quelles sont celles que je dois refuser.


Et après ? Que fait-on de cette découverte ? Comment la traduit-on en actes, en décisions, en relations ? 


Une fois ce pays intérieur trouvé et consciemment reconnu, il est possible d’identifier et de cartographier les chemins qui y conduisent, ceux qui le traversent et les personnes avec qui avancer ou qui nous font avancer. Il est possible de le traduire en valeurs, concepts, modes d'expression, attitudes, aptitudes ou compétences qui en découlent et qui sont nos fils conducteurs, nos aides à la décision.

Mais s'orienter sans être entré d'abord dans cette démarche première de reconnaissance, c'est le plus sûr moyen de stériliser la source, de désertifier ces chemins et de perdre sa boussole, c'est confondre la carte et le territoire. Vouloir, d'entrée de jeu, catégoriser ce qui nous caractérise, à grand renfort de tests psychométriques, d'algorithmes, de modèles statistiques standardisés et d’évaluations chiffrées par autrui, c'est aborder un roman par la fin.

Cette rencontre avec le plus profond de nous-mêmes, cette perception existentielle immédiate et sensible, faite d'impressions ou d'intuitions et de résonance, n'a pas grand-chose à voir avec le raisonnement logique. Elle ne relève que de nous et personne d'autre que nous ne peut y accéder. Ce pays intérieur est la pierre d’angle qui tient notre maison debout. C’est aussi dans le terreau de ce pays-là que poussent les germes de la confiance en soi, qui sont toujours présents, même s’ils sont en sommeil, et qui ne demandent qu’à se développer. Savoir ce qui nous est propre permet de ne pas être déboussolés par les opinions, nécessairement toutes différentes, que les autres ont de nous.

Pour reconnaître son pays intérieur, il existe une approche, parfois utilisée en orientation.
 Au lieu de le conceptualiser ou de le verbaliser, essayer de le visualiser.

  • Se procurer une pile de magazines (nature, maisons, voyages, mode, objets…) ou chercher une banque d'images gratuites sur le net.
  • Choisir toutes les photos ou les illustrations qui nous parlent, avec lesquelles nous nous sentons des affinités.
  • Les découper ou les imprimer et les positionner sur une grande feuille de papier (A3 ou paperboard) avec des épingles ou de la colle d’architecte, afin de trouver la disposition qui nous plaît le plus. Laisser le centre vide : c'est notre place.
  • Afficher ce tableau au mur.
  • Le contempler pendant quelques jours et se demander quel climat et quel mode de vie ce tableau évoque : comment y vivre en harmonie, où, avec qui, pour y faire quoi ? Au besoin poser la question à des personnes qui ne nous connaissent pas intimement : que dit ce tableau de moi et du style de vie qui me conviendrait ? (On peut aussi faire cet exercice en groupe, chaque participant restituant ses évocations et recevant les suggestions des autres... à condition qu'elles soient bienveillantes.) 

Trouver son pays intérieur, c'est par là que tout commence.
Bon voyage...




lundi 22 janvier 2018

La force des faibles et des fables...



L’ingénu en Gaule 

"L'armée américaine se prépare à un conflit en Corée du Nord"...


À l'heure où le King et le Kong, mâles Alpha dopés à la testostérone, menacent de faire sauter la planète, comme si nous n'avions pas déjà assez à faire avec les épidémies, les famines, les pollutions en tout genre, les médicaments qui tuent, les astéroïdes, le chômage, la corruption, le comportement des prédateurs, les cataclysmes climatiques, la malbouffe, la folie de tous les extrémistes et les illuminés qui rêvent de nous transformer en cyborgs,

  il faut relire La Fontaine, ce jeune génie de 322 ans...


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 Le lion et le moucheron


"Va-t'en, chétif insecte, excrément de la terre!"
C'est en ces mots que le Lion
Parlait un jour au Moucheron.
L'autre lui déclara la guerre.

"Penses-tu, lui dit-il, que ton titre de Roi
Me fasse peur ni me soucie ?
Un bœuf est plus puissant que toi :
Je le mène à ma fantaisie."

A peine il achevait ces mots
Que lui-même il sonna la charge,
Fut le Trompette et le Héros.
Dans l'abord il se met au large ;
Puis prend son temps, fond sur le cou
Du Lion, qu'il rend presque fou.
Le quadrupède écume, et son œil étincelle ;
Il rugit ; on se cache, on tremble à l'environ ;
Et cette alarme universelle
Est l'ouvrage d'un Moucheron.

Un avorton de Mouche en cent lieux le harcèle :
Tantôt pique l'échine, et tantôt le museau,
Tantôt entre au fond du naseau.
La rage alors se trouve à son faîte montée.
L'invisible ennemi triomphe, et rit de voir
Qu'il n'est griffe ni dent en la bête irritée
Qui de la mettre en sang ne fasse son devoir.

Le malheureux Lion se déchire lui-même,
Fait résonner sa queue à l'entour de ses flancs,
Bat l'air, qui n'en peut mais ; et sa fureur extrême
Le fatigue, l'abat : le voilà sur les dents.
L'insecte du combat se retire avec gloire :
Comme il sonna la charge, il sonne la victoire,
Va partout l'annoncer, et rencontre en chemin
L'embuscade d'une araignée ;
Il y rencontre aussi sa fin.

Quelle chose par là nous peut être enseignée ?
J'en vois deux, dont l'une est qu'entre nos ennemis
Les plus à craindre sont souvent les plus petits ;
L'autre, qu'aux grands périls tel a pu se soustraire,
Qui périt pour la moindre affaire."


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Souhaitons une bonne année aux araignées...